Questions à un expert : Olivier Marsal Directeur des opérations. Groupe Hermès Cuir Précieux
Présentez-vous en quelques mots
Je suis directeur du pôle Veau Chèvre Bovin au sein d’Hermès Cuirs Précieux, la division de la maison Hermès dédiée aux cuirs. Cela comprend le pilotage des activités liées à la transformation et à la valorisation de ces matières emblématiques issues de nos savoir-faire Hermès.
Avec votre expérience opérationnelle, quel regard portez-vous sur l’évolution des métiers du cuir ces dernières années ?
Je pense que c’est avant tout une évolution positive : Nous restons ancrés dans notre savoir-faire historique de tanneur.
Depuis quelques années, de nouveaux enjeux prennent de l’ampleur, comme la préservation des ressources (notamment l’eau), la décarbonation ou encore la traçabilité des filières.
Parallèlement, la demande des marques évolue et s’accélère vers toujours plus de singularité. Nos métiers ne changent pas dans leurs fondamentaux, mais ils s’enrichissent, notamment avec la data. Le but étant de créer des cuirs toujours plus uniques, authentiques et porteurs d’émotion pour nos clients.
Quels sont, selon vous, les principaux défis pour intégrer la durabilité au cœur des chaînes de valeur du cuir ?
Être durable, ca commence par rester fidèle à notre identité : être tanneur, préserver nos savoir-faire, les transmettre et continuer à les valoriser. C’est notre première responsabilité.
Ensuite, le défi consiste à intégrer de manière ambitieuse les nouveaux enjeux environnementaux : décarbonation, traçabilité, gestion des effluents, ou encore adaptation au stress hydrique.
La bonne nouvelle, c’est que nous accélérons dans cette direction, portés par des innovations technologiques désormais accessibles. L’enjeu est donc d’avancer sur ces sujets tout en maintenant l’exigence de qualité qui fait la singularité de nos cuirs.
Comment le cuir continue-t-il d’être désirable et de s’inscrire dans la stratégie des marques ?
Je crois beaucoup à la désirabilité émotionnelle du cuir. Bien sûr, elle est liée à la durabilité : un cuir mieux tracé, décarboné et porteur de savoir-faire uniques devient de manière intrinsèque plus désirable.
Mais au-delà de cela, le cuir reste une matière profondément émotionnelle. Quand on le touche, qu’on le porte ou qu’il s’exprime à travers un objet comme un sac, il crée une sensation unique.
Je suis convaincu que tant que nous saurons entretenir et renouveler cette capacité à générer de l’émotion, nous contribuerons à la création d’objets désirables. C’est un véritable enjeu pour l’avenir du métier.